Muybridge, L'homme qui court

Muybridge, L'homme qui court

lundi 26 novembre 2012

Synopsis du cours du 22/11/2012 I/ Corps 1/ Matières ou l'épicurisme souterrain de Thomas Hobbes

Il peut paraître étonnant de faire le portrait d'un Thomas Hobbes en épicurien: le monstre de Malmesbury se prête mal à ce grimage libertin. Et cependant, la  thèse même d'un épicurisme souterrain permet d'éclairer deux aspects de l'accusation d'athéisme qui fut portée sur Hobbes. D'une part, Hobbes participe de cette courte renaissance de Lucrèce durant la décennie 1650-1660 en Angleterre autour de Margaret Cavendish, qui remet le matérialisme ancien au goût du jour; d'autre part, la triade Epicure, Galilée, Hobbes formera, aux yeux des opposants au Léviathan, l'association de malfaiteur qu'il faut confondre. Si le Léviathan est lu comme un traité matérialiste, bien qu'il ne contient qu'en filigrane les thèses matérialistes du De Corpore ou du Short Tract, c'est d'abord parce que Hobbes est une cible privilégiée pour tenter d'abattre cet avatar moderne du matérialisme ancien. Si le Léviathan est un livre monstrueux, c'est non seulement parce l'ouvrage a détourné Hobbes du tryptique qu'il envisageait (Corpus, Homine, Cive), mais aussi parce cette oeuvre a vu se concentrer sur elle toutes les critiques d'une Eglise qui vit en elle une hérésie : ce matérialisme est un athéisme libertin responsable de la peste (1665) et du grand incendie de Londres (1666). Ainsi, Hobbes passe pour un crypto-épicurien: sa doctrine politique cache un matérialisme qui s'attire les haines d'une époque troublée.

Et cependant, il s'agit pour l'essentiel de comprendre en quoi le matérialisme de Hobbes n'est pas un simple retour aux sources anciennes. Bien que lecteur et admirateur d'Epicure comme de Lucrèce, Hobbes n'en modernise pas moins ce matérialisme afin de le rendre conforme aux exigences de la science moderne. Ainsi, autant on peut dire que Hobbes fait sienne la thèse épicurienne selon laquelle rien ne naît de rien, faisant de la matière le seul constituant de toute chose, autant il prend ces distances avec son atomisme. En effet, l'épicurisme ancien postule que tout est matière, mais que cette même matière n'est connaissable que de façon discontinue: nous croyons que la matière se limite aux corps que nous percevons, mais nous ne voyons pas les corpuscules (ou atomes) qui composent toutes choses. Le matérialisme moderne voit moins loin que son aîné: il ne s'autorise à connaître que ce que la raison peut circonscrire (un corps comme unité de la raison); mais ce qu'il perd en extension (les limites de la connaissance humaine ne permettent pas de connaître ce que la raison ne peut seule concevoir), il le gagne en pertinence. Ainsi naît le nécessitarisme de la science moderne: puisque ne sont connaissables que les objets de la raison, alors il n'y a de vérité que dans le lien nécessaire (cause-effet) entre ces objets;  puisqu'il n'y a que des corps et que le reste n'est qu'imagination, alors la vérité est dans les chaînes qui lient les corps entre eux. La raison ne peut connaître que les chaînes de raisons qu'elle sait fabriquer.

lundi 19 novembre 2012

Annulation

Le cours du jeudi 29 novembre est annulé pour cause de conseil de classe. Il sera rattrapé le jeudi 20 décembre. (Pour rappel, le cours du jeudi 20 décembre a initialement été déplacé au lundi 17 décembre à partir de 18h30 à l'Odyssée). Il y a aura donc deux cours la dernière semaine de décembre avant les vacances de Noël, le lundi à 18h30 à l'Odyssée et le jeudi à 20h Cours St Louis

jeudi 15 novembre 2012

Synopsis des cours du 18 et 25/10 et du 15/11/2012


La biographie d'un auteur est une mine d'informations qui relèvent autant de l'anecdotes que de l'idiosyncrasie. Celle de Thomas Hobbes, philosophe anglais né en 1588 et mort en 1679 ne fait pas exception: sa biographie regorge d'évènements dont on  est tenté de croire qu'il donne du sens à l'oeuvre.  Ainsi de la menace de l'Invincible Armada qui pèse sur la naissance de Hobbes: elle peut relever de l'anecdote d'autant insignifiante qu'elle est erronée ou elle peut faire croire à une destinée marquée du sceau de l'effroi.
Ainsi, la vie d'un auteur est l'agréable détour qu'il faut savoir faire avant d'aborder l'oeuvre, mais la lecture de l'oeuvre seule nous en révèlera le sens. La vie est source de l'oeuvre du philosophe, mais cette source n'est est que l'origine temporelle; les méandres de la vie ne commande pas la possibilité de penser au-delà des contraintes du quotidien.

Dans le cas de Thomas Hobbes, il convient cependant d'être attentif au contexte historique. Notre ignorance des révolutions anglaises nous cachent ce contexte historique; notre prétention toute française à croire que seule la Révolution française abolit la monarchie et permit l'avènement des républiques à travers le monde nous aveugle quant à la spécificité de l'oeuvre de Hobbes. En effet, Hobbes vécut une époque troublée, celle de la première Révolution (1641-1649 - English Civil War), celle de la Restauration (1660-1688) auquel il faut inclure l'inter-règne de Cromwell (1649-1653/1653-1658) et sa mort ne put lui permettre d'envisager l'issue de ces troubles dans la Glorieuse Révolution (1688-1689- Bloodless Revolution). Ces crises anglaises l'obligea à l'exil à Paris de 1640 à 1651 et son retour se fit dans un contexte de retour d'un pouvoir autoritaire dont la légitimité restait en question (Cromwell, le Lord Protecteur; Charles II et la restauration d'une monarchie cependant affaiblie). Hobbes intervint à 3 reprises dans cette crise: une première fois en 1640 en diffusant quelques feuillets extraits des Eléments, une seconde fois en 1642 pour le première édition du De Cive, une troisième fois en publiant le Léviathan en 1651.

Réécrivant sa vie au crépuscule de celle-ci (Vies en vers et Vies en prose), Hobbes fait du Léviathan cette oeuvre monstrueuse l'ouvrage de sa vie. Ayant organisé toute sa vie en vue d'une oeuvre dont la finalité n'est autre que la refondation e toutes la philosophie (Corpus, Homine, Cive), la crise anglaise l'oblige à abandonner cette grande oeuvre pour un ouvrage, le Léviathan. Ainsi, le Léviathan de Hobbes est une oeuvre monstrueuse en ce sens qu'elle est la finalité détournée du projet de refondation intiale: le Léviathan est le soudain condensé d'un tryptique. Bien qu'en en mesurant toute l'importance, l'ouvrage de Hobbes échappe à son auteur pour devenir le seuil de notre modernité politique.



notes_i°3_vies en vers et en prose