Muybridge, L'homme qui court

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mardi 19 février 2013

Hobbes, Calvin et Hobbes - La parole

" Le moyen par lequel la parole sert à se souvenir de l'enchaînement des causes et des effets consiste à attribuer des noms et la connexion qui existe entre eux."
Hobbes, Le Léviathan, chp4


Hobbes, Calvin et Hobbes - La parole

"[L]a vérité consiste en l'exacte mise en ordre des noms dans nos affirmations, en sorte que celui qui cherche une vérité certaine est dans l'obligation de se souvenir de ce que chacun des noms qu'il utilise veut dire et, conformément à cela, de le ranger à sa place". Hobbes, Léviathan, chp4 - De la parole.


mercredi 13 février 2013

Synopsis du cours du 31/01/2013 Le pessimisme de Hobbes: 2/ le contr'optimisme.

Puisque parler de pessimisme chez Hobbes est un anachronisme, nous proposons le néologisme de contr'optimisme pour caractériser une position allant à l'encontre de l'optimisme théologique de ceux que Hobbes nomme les ecclésiastes.
L'optimisme théologique est la thèse, trouvant son origine dans la Genèse, selon laquelle la création de dieu est nécessairement bonne. Autrement dit, la splendeur de la Création est telle que l'existence du mal ne peut pas être imputée à dieu. Le manichéisme poussera cette logique jusqu'au point (par exemple chez l'iranien Mani) d'imaginer que le mal ne peut être que la création d'une autre entité. (Saint) Augustin, tenté un temps par le manichéisme, trouvera dans le libre-arbitre de l'homme, le bouc émissaire idéal à l'existence du mal. Il lui faudra pour cela déréaliser le mal, en tant que celui-ci n'est pas un être, mais un néant. Le mal est une béance du bien mais non une réalité en soi.


Cependant, c'est moins la Genèse que le livre de Job qui est source d'inspiration théologique pour Hobbes. Car le sort de Job, pourtant le plus innocent des fidèles de dieu, est le témoin de la toute puissance de dieu. Dieu est une puissance tellement irrésistible qu'il peut jusqu'à s'autoriser à affliger Job. Cf chp 31 du Leviathan. Ce faisant, le mal existe et n'autre justification que dieu est tellement puissant qu'il peut vouloir le mal. Encore que formuler ainsi, l'homme prête à dieu une volonté. Or, la puissance de dieu est telle qu'elle demeure un mystère pour la raison humaine. Il ne revient pas aux hommes de juger dieu,ni en bien, ni en mal. Dieu, come puissance irrésistible n' a pas voulo le monde, mais est la nécessité qui lie toutes choses par les lois de la nature. Dieu est le concours ordonné de toutes les causes naturelles. Cf chp 31 du Léviathan.

Ce faisant, le contr'optimisme est cette position réaliste qui fait du problème de l'existence du mal un problème théologique qui dépasse de loi les capacités de la raison humaine. Le mal existe, il est impossible d' en connaître les raisons. Il reviendra à Leibniz de formaliser et de donner une contenance conceptuelle à l'optimisme dans sa Théodicée, c'est-à-dire sa défense de dieu.  En effet, selon Leibniz, dieu est 1/ la première raison de toutes choses et 2/ le monde est le meilleur des mondes possibles. Comme première raison de toutes choses, dieu ne peut être tenu pour responsable des évènements contingents comme le tremblement de terre de Lisbonne. Dieu est raison de la civilité des hommes et des mouvements de la terre, il n'a cependant pas voulu que la terre tremble à Lisbonne. Ce faisant, ce monde est le meilleur possible en tant qu'il est l'optimum le plus adéquat entre le nécessaire et le contingent.
Sans doute Hobbes jugerait cette optimisme leibnizien comme étant un conformisme théologique, c'est-à-dire une justification qui se veut rationnelle de ce qui n'est que mystère pour la raison humaine. Car pour Hobbes, la raison ne peut accéder aux raisons du monde; seule la toute puissance divine est légitime à juger le monde tel qu'il est.

Ce faisant, là où l'optimisme est une vision myope du monde qui tant à justifier a posteriori la splendeur imaginaire de la création, le pessimisme se veut une vision  prospective du monde: nous ne pouvons voir au-delà de notre raison, c'est-à-dire au-dela des lois de la nature. Ainsi, le contr'optimisme est à l'image de Job: modeste car reconnaissant son incapacité à juger ce qu'est le monde et d'une sagesse désespérée car regardant le monde tel qu'il est.

Synopsis du cours du 24/01/2013 - Le pessimisme de Hobbes 1/ D'un pessimisme l'autre



Il est d'usage de prêter à Hobbes un certain pessimisme: au monstre de Malmesbury colle à la peau une conception de l'homme, être voué à la méchanceté, aux désirs insatiables et dont seul le glaive effrayant du Leviathan saura dompter.  Et cependant, il est faux de parler de pessimisme chez Hobbes pour au moins 2 raisons: la première en tant qu'il ne s'agit que d'un grossier jugement de valeur psychologisant sur l'anthropologie hobbesienne qui va pourtant au-delà de seules humeurs noires de ses contemporains, la seconde en tant qu'il s'agit d'anachronisme conceptuel, le terme pessimisme ne trouvant sa consistance philosophique qu'à partir de Schopenhauer.

Ainsi, le terme pessimisme, entendu comme disposition d'esprit ou croyance désespérée que le pire est à venir, est au mieux un terme vague, au pire des oeillères qui empêchent de lire Hobbes jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au fondement de son anthropologie. (Cf cours sur la méchanceté)
Ce faisant, ne mérite le titre de pessimisme que la doctrine de Schopenhauer. Bien que d'usage assez courant mais vague avant lui, seul l'atrabilaire allemand donnera au pessimisme sa consistance conceptuelle dès 1819 dans la partie IV du Monde comme Volonté et comme Représentation. La thèse peut se rapporter de la façon suivante: le mal l'emporte sur le bien dans un monde dirigé par une volonté indifférente. Le pessimisme est ainsi une vision tragique de la vie, non pas tant noire que lucide, en tant qu'elle prend acte de l'absence de finalité morale à la vie elle-même. Aussi, le pessimisme n'est pas une vision sombre de la vie, mais un dévoilement lucide de ce qu'est la vie, c'est-à-dire une source de malheur. Parce que la vie n'a d'autres issues que la mort (la certitude d'être (…) vaincue), elle est une tentative d'échapper à ce qui est pourtant une certitude (un combat perpétuel), à tel point que la mort peut paraître un soulagement (enfin). 
Ce faisant, pour Schopenhauer, le bonheur n'est qu'une illusion, c'est-à-dire une vision tronquée de la vie dans l'espérance factice d'échapper au malheur. Car, ce qui guide chaque homme est le désir de vivre. Or, celui-ci va lui faire espérer d'échapper à la mort par la poursuite des plaisirs. Mais ces plaisirs ne sont qu'une maigre victoire prise sur la souffrance et le malheur, fruits de toute une vie. Pire, la course aux plaisirs, quand bien même elle permet d'échapper temporairement à la douleur,  risque de nous plonger dans un mal plus profond encore, l'ennui. Car la vie est désir, c'est-à-dire fuite devant la mort qui ne fait qu'attendre, mais lorsque le désir a été comblé, la fuite ralentit et l'ennui qui guette nous livre le secret de la vie, c'est-à-dire le malheur.