Il est d'usage de prêter à Hobbes un certain pessimisme: au monstre de Malmesbury colle à la peau une conception de l'homme, être voué à la méchanceté, aux désirs insatiables et dont seul le glaive effrayant du Leviathan saura dompter. Et cependant, il est faux de parler de pessimisme chez Hobbes pour au moins 2 raisons: la première en tant qu'il ne s'agit que d'un grossier jugement de valeur psychologisant sur l'anthropologie hobbesienne qui va pourtant au-delà de seules humeurs noires de ses contemporains, la seconde en tant qu'il s'agit d'anachronisme conceptuel, le terme pessimisme ne trouvant sa consistance philosophique qu'à partir de Schopenhauer.
Ainsi, le terme pessimisme, entendu comme disposition d'esprit ou croyance désespérée que le pire est à venir, est au mieux un terme vague, au pire des oeillères qui empêchent de lire Hobbes jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au fondement de son anthropologie. (Cf cours sur la méchanceté)
Ce faisant, ne mérite le titre de pessimisme que la doctrine de Schopenhauer. Bien que d'usage assez courant mais vague avant lui, seul l'atrabilaire allemand donnera au pessimisme sa consistance conceptuelle dès 1819 dans la partie IV du Monde comme Volonté et comme Représentation. La thèse peut se rapporter de la façon suivante: le mal l'emporte sur le bien dans un monde dirigé par une volonté indifférente. Le pessimisme est ainsi une vision tragique de la vie, non pas tant noire que lucide, en tant qu'elle prend acte de l'absence de finalité morale à la vie elle-même. Aussi, le pessimisme n'est pas une vision sombre de la vie, mais un dévoilement lucide de ce qu'est la vie, c'est-à-dire une source de malheur. Parce que la vie n'a d'autres issues que la mort (la certitude d'être (…) vaincue), elle est une tentative d'échapper à ce qui est pourtant une certitude (un combat perpétuel), à tel point que la mort peut paraître un soulagement (enfin).
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