Muybridge, L'homme qui court

Muybridge, L'homme qui court

mercredi 3 avril 2013

Synopsis du cours du 21/03/13 - III/1.2 Hobbes et les sauvages d'Amérique.

L'exemple des sauvages d'Amérique dans le chp 13. du Léviathan est des plus utiles pour ne pas se méprendre quant à ce qu'est l'état de nature chez Hobbes. Ainsi, l'état de nature n'est pas l'état de l'homme dans la nature  mais l'état des sociétés humaines, aussi petite soit-elle (la tribu indienne, quelques familles de colons...), avant que ne soit créé l'artifice de l'Etat. Ainsi, le sauvage d'Amérique est moins un exemple de ce qu'est la guerre de tous contre tous du fait du caractère primitif de ces sociétés que l'illustration du fait que toute société est toujours sous la menace de la violence dès lors que rien ne subsume le désir de chacun sous la puissance d'un seul. L'état de nature est ce climat de défiance où rien  d'autre que la défense de sa propre vie n'est possible. Colons et indiens relèvnte de ce même état de guerre de tous contre tous: indiens dont le nomadisme est interprété par Hobbes comme la conséquence de ce climat de défiance, colons, qui, bien qu'unis dans un même désir commun (qu'avec un humour acerbe, Hobbes nomme une même lubricité naturelle), n'en demeure pas moins sous la menace d'autres familles de colons. La guerre germe dans un climat de défiance et, même si sans doute cet état n'a jamais réellement existé, il n'en est pas moins l'abîme dans lequel risque toujours de plonger les sociétés humaines lorsque les individus se défont de leurs obligations réciproques.

Mais cet exemple permet aussi d'extrapoler sur ce qui aurait pu être pensé quant aux relations entre colons et indiens au-delà de la seule guerre de tous contre tous n'ayant aboutie qu'au massacre des autochtones. Car, le droit de nature aurait sans doute permis à Hobbes de penser ces sauvages comme des autochtones ayant les mêmes droits que les colons d'Amérique. Puisque colons et indiens disposent du même droit à se préserver, chacun oeuvrant à ses désirs ne peut s'assurer de son propre désir, il ne peut y avoir de paix civile sans compréhension mutuelle du fait qu'indiens et colons ont en partage une certaine communauté de désirs. A rebours d'un Locke qui, dans le 2d Traité du gouvernement civil, fait de la liberté individuelle ce qui me permet de m'approprie tout ce que je peux faire mien, Hobbes ne voit dans le droit de nature que ce droit à la préservation qui m'oblige envers autrui. Autochtones et colonisateurs jouissent ainsi du même droit de profiter des fruits de le Terre sans être une menace l'un pour l'autre.

Enfin, il n'est pas interdit de voir dans l'oeuvre de J. F. Cooper cette figure de l'homme juste qui, en vertu d'une justice immanente à la vie elle-même, ne se fait pas le tortionnaire d'autrui. Ainsi de Tueurs-de-daims, figure éponyme du cycle des Bas-de-cuirs, est cet indien qui n'a d'autre justice que veiller à la vie. Cf. le long discours moral que fait Tom Hutter à Tueur-de-daims lors de sa capture par les Hurons, afin que celui-ci protège ses filles comme il protégerait sa propre vie. Aussi, l'homme juste est celui qui s'autorise à préserver sa propre vie à condition que la violence qu'il emploie ne porte pas atteinte aux possibilités mêmes de préserver sa vie . Il n'y a de violence légitime qu'au titre d'un calcul rationnel. Ce qui pourrait se rapporter au sophisme suivant: 
chacun est en guerre contre tous, car tous veulent la même chose;
mais puisque tous veulent la même chose, alors la paix civile est non seulement possible mais juste.



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