Muybridge, L'homme qui court

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dimanche 26 mai 2013

Synopsi du cours du 23/05/2013 - Machiavélique ou machiavélien ou qu'est-ce qu'un politique?


L'art de gouverner est, sans vergogne aucune, l'art de dominer. Aussi sulfureuse que puisse être cette définition machiavélienne du politique, elle n'en est pas moins à l'origine d'une seconde tradition républicaine, celle de l'invention de la citoyenneté. Il faut à la lecture de Machiavel, n'avoir ni l'indignation aveuglante de ceux qui ne peuvent supporter le souffre des oeuvres indélicates, ni la naïveté de croire que le politique peut se réduire à des idées et des valeurs. 
Il faut dès lors distinguer entre machiavélisme et machiavélien: est machiavélique, la caricature de l'oeuvre de Machiavel qui ne voit que cynisme et immoralisme dans des préceptes où la fin semble justifier tous les moyens (sentence non-machiavélienne); est machiavélien la juste considération de ce qu'est le politique comme champ d'action et d'exercice du pouvoir. Ainsi du meurtre de Remus par Romulus tel que l'analyse Machiavel dans Le 1er discours sur la Décade de Tite-Live: Certes les faits l'accusent (le meutre de son frère) , mais les effets l'excusent (la fondation de Rome): non pas que la fin justifie a priori n'importe quels moyens, mais a posteriori le moyens employés par Romulus ont pu aboutir à la fin souhaitée. Autrement dit encore, une fois la finalité établie , les circonstances peuvent exiger les moyens les plus divers, y compris la nécessité de faire le mal (punir le sacrilège de Remus).

Ce faisant, le figure du prince chez Machiavel est celle du politique confronté à "ce temps du politique où la république est perçue comme confrontée à sa propre finitude temporelle, comme s'efforçant de rester moralement et politiquement stable dans un flot d'évènements conçus comme détruisant tous les systèmes de stabilité séculière." (définition du moment machiavélien par J.G.A. Pocock). Autrement dit, le politique est ce moment où les stratagèmes du pouvoir sont suffisamment mis à nu pour que le Prince doivent légitimer la domination qu'il exerce sur ses sujets car chacun est à même d'interroger la finalité du pouvoir.
On retrouvera ainsi dans l'oeuvre de Machiavel de multiples figures du pouvoir qui représentant à des degrés divers la grandeur d'homme capable d'être à la hauteur des enjeux du politique: ainsi des Médicis ou de la figure de la confiscation du pouvoir, de Piero Soderini ou l'échec de la bonté en politique, de Jérôme Savonarole ou le prophète désarmé, d'Agathocle de Sicile ou la vanité du tyran, de Castruccio Castracani ou la figure de l'homme fort ou encore de César Borgia ou le prince indépendant.

Au travers de ces formes les plus diverses que peuvent prendre le politique, Machiavel dessine un art de gouverner comme l'art de partager le pouvoir entre celui qui domine et ceux qui sont dominés. Hobbes nommera Etat ou Léviathan comme nous nommerions aujourd'hui citoyenneté, cet art de se soumettre à un seul dès lors que ce souverain est reconnu comme légitime.

Pour prolonger cet effort de lecture de l'oeuvre de Machiavel qui passe outre les caricatures et les indignations aveuglantes, on pourra se reporter à l'émission des Nouveaux Chemins de la connaissance d'Adèle Van Reth avec Jean-Louis Fournel comme invité:

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